John Holt vs Leroy Sibbles

90 mn
John Holt vs Leroy Sibbles

Ce soir, nous allons vous présenter 2 trajectoires d’artistes qui  ont tous deux incarné le passage du rocksteady au reggae, d’abord comme voix principales de groupes majeurs, puis comme figures de proue en solo, je veux bien sur parler de  John Holt et Leroy Sibbles. 

Les groupes (The Paragons pour Holt et The Heptones pour Sibbles). Tandis que Holt a eu une carrière solo plus internationale, Sibbles lui, a eu une influence plus profonde comme bassiste/architecte du son Studio One. Leurs trajectoires se croisent sur plusieurs points (lead singer d’un trio vocal, compositeur, longévité), mais leur apport au reggae se situe sur des axes différents : l’écriture mélodique et la chanson d’amour pour Holt, la basse, les harmonies roots et la conscience sociale pour Sibbles.

Chez John Holt comme chez Leroy Sibbles, la production et les producteurs ne sont pas de simples encadrements commerciaux : ils structurent leur son, orientent leurs répertoires et conditionnent leur diffusion, mais Sibbles occupe davantage une position de producteur‑musicien de l’intérieur des studios quand Holt reste surtout dépendant de producteurs extérieurs puissants. Les deux illustrent aussi les tensions classiques du reggae entre créativité des musiciens, contrôle des patrons de label et reconnaissance des contributions réelles en studio.

HOLT

Sa voix est claire, douce, romantique, très mélodique c’est par lui que l’on va commencer cette émission et plus précisément par les Paragons

John Holt (1947–2014), né à Kingston, s’impose très tôt dans des concours de chant avant de rejoindre The Paragons au milieu des années 1960, puis démarre un parcours solo dès la fin de cette décennie. Il devient l’un des chanteurs les plus populaires de Jamaïque puis une référence internationale du lovers rock et du reggae romantique.

The Paragons

The Paragons, formés au début des années 1960 à Kingston, deviennent un groupe vocal emblématique du passage du ska au rocksteady, avec des harmonies soyeuses et un tempo ralenti influencé par la soul américaine. Avec Holt comme principal auteur et arrangeur à partir du milieu des années 1960, ils enchaînent les hits chez Treasure Isle : « Love at Last », « On the Beach », « Only a Smile », « Wear You to the Ball », « Man Next Door », « Happy Go Lucky Girl » ou « The Tide Is High », devenu un standard repris par Blondie et d’autres.

Entre 1966 et 1968, The Paragons c’est d’abord tyron evans, bob andy, junior menz, et leroy stamp, john holt remplace leroy stamp et puis ce sera un trio  Holt, Evans et Howard Barett  est l’un des groupes vocaux les plus populaires de Jamaïque et du Royaume‑Uni, chaque nouveau single se classant parmi les plus gros succès rocksteady avant la dissolution du groupe autour de 1970. Le style se caractérise par la voix claire et plaintive de Holt au centre, soutenue par des harmonies serrées, sur des arrangements élégants de Duke Reid et des Supersonics

Avec les Paragons, Holt passe de Studio One (Coxsone Dodd) à Treasure Isle (Duke Reid), deux univers de production très différents qui fixent le cadre sonore du rocksteady (choix de riddims, prise de son, façons d’enregistrer les harmonies). Les hits « Ali Baba », « Tonight » ou « The Tide Is High » sont indissociables des méthodes de Reid (band maison, mix ample, accent sur la voix lead)

Plusieurs morceaux de l’époque DUke Reid /  seront reprises dans les années 80, comme the tide is high dont on a écouté 2 versions

donc nous avons écouté:

When the lights are low

Riding High, The Man Next Door, The Tide is High dans des versions qui figurent  en 1981 avec sly et robbie en section rythmique, clive hunt à la trompette enregistré dans cette version au compass studio de chris blackwell a nassau au bahamas

On the beach titre de l’album éponyme album on the beach sorti chez Treasure Isle

The Paragons return produit par Bunny Lee et Tyrone Evans - My Number One avec Sly et Robbie en 1977

et donc the Tide is High version originale de l’époque Duke Reid

Leroy Sibbles 

Leroy Sibbles (né en 1949 à Kingston/Trench Town) est le chanteur principal des Heptones dans les années 1960–70 et se distingue aussi comme bassiste et producteur au sein de l’écosystème Studio One. Installé plus tard au Canada, il poursuit une carrière solo et de session qui s’étend sur plusieurs décennies, entre tournées, enregistrements et productions.

Lery Sibbles a été l’Architecte du son Studio One, pionnier de la basse reggae moderne

L’homme a une importance historique, Un grand nombre de « lignes de basse cultes » de la musique jamaïcaine sont attribuées à Sibbles, ce qui lui vaut d’être considéré par certains auteurs comme un « géant » de la musique jamaïcaine, comparable en importance structurelle à Bob Marley. Parce que ces riddims ont été versionnés à l’infini, son travail d’arrangeur et de bassiste continue de résonner dans des centaines d’enregistrements ultérieurs, bien au‑delà de ses propres disques.

The Heptones

The Heptones, trio fondé à Kingston, se développent sous la houlette de Coxsone Dodd à Studio One, après un premier single manqué, et imposent très vite une série de hits dès 1966 avec « Fattie Fattie ». Leur répertoire Studio One mêle chansons d’amour et titres plus conscients, avec des morceaux comme « Pretty Looks Isn’t All », « Get in the Groove », « Ting a Ling », « Message from a Black Man » ou « Love Won’t Come Easy ».

 

Sibbles y occupe une double fonction décisive : lead singer au timbre chaud et mélancolique, et bassiste de studio qui participe à définir la ligne de basse et donc la structure de nombreux classiques du catalogue Studio One..

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Sélection Heptones, Leroy Sibbles, Earl Morgan et Barry Llewellyn.:

on a commencé par Party time de 1968 et puis une sélection Heptones à partir des années 70 parce que l’on a joué à cette antenne beaucoup  de studio one des années 60 /  Avec les Heptones, Sibbles passe lui aussi par différents producteurs (Ken Lack pour les premiers 45 tours, puis surtout Coxsone Dodd à Studio One, puis Joe Gibbs, Harry J,et bien d’autres

c’est la transition vers un reggae plus roots, voire presque funk sur ce dernier morceau, tout en restant l’un des trios vocaux les plus respectés de l’île, on a entendu donc:

Love Won’t Come Easy produit ici par Augustus Pablo que l’on entend au melodica mais dont il existe une première version chez studio one

Love without feeling produit par moodisc

Mama say 

Country wild

Book of Rules

Streets of gold

Total Destruction qui fait echo (pour nous) à When the Lights are Low entendu en début d’émission

Mais comme je le disais plus tôt, le rôle de sibbles dépasse celui d’un simple chanteur. À Studio One, il devient bassiste, arrangeur, auditeur de chanteurs, membre des groupes de studio (Sound Dimension, Soul Vendors), ce qui fait de lui un co‑producteur de facto du son du label même si le crédit officiel revient à Dodd. on y reviendra plus tard pour le moment on revient à

John Holt en solo

John Holt, c’est l’homme des producteurs!

en effet, Holt est surtout un interprète et auteur dont l’identité sonore change au gré des producteurs et des labels avec lesquels il travaille

Holt travaillait de façon très indépendante et enregistrait avec « tous les producteurs jamaïcains » qui le payaient, mais ces noms correspondent aux grands tournants esthétiques (rocksteady Paragons, premiers hits solo, puis lovers rock orchestré pour le marché britannique).

Holt entame une carrière solo dès 1968 en enregistrant pour Bunny Lee et Harry J, tout en continuant brièvement avec les Paragons, puis se consacre entièrement à son propre nom après la fin du groupe. Il se spécialise dans le reggae romantique et les ballades orchestrées, notamment avec les albums « 1000 Volts of Holt » et ses suites, où il adapte des standards pop en version reggae à cordes.​

En solo, sa trajectoire est lisible à travers les producteurs : Bunny Lee , Harry J, Prince Buster, Alvin Ranglin, Phil Pratt, puis Harry Mudie et Tony Ashfield pour les albums orchestrés comme. Ces derniers façonnent le virage vers un reggae et des adaptations de standards pop qui lui ouvrent le marché britannique à grand renfort de productions pensées pour l’export

Plus tard, des producteurs comme Henry « Junjo » Lawes lui offrent un écrin plus roots/digital sur des titres comme « Police in Helicopter », montrant sa capacité à se reposer sur des équipes de production pour rester pertinent dans les nouvelles vagues du reggae. 

John Holt, c’est l’Indépendance contractuelle 

Holt souligne dans une interview qu’il n’a quasiment jamais signé de contrats d’exclusivité et qu’il enregistrait pour « tous les producteurs » à partir du moment où il était correctement payé. Conseillé très tôt par la Performing Right Society, il refuse de céder ses droits d’auteur pour une somme forfaitaire, ce qui lui permet de conserver la propriété de ses chansons alors même que les producteurs contrôlent le son et la diffusion des enregistrements.

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Fancy Make up pour Studio One

Ali Baba version par le producteur Michael Finga Stewart

Strange things*2 une production Phill pratt et Irie Ites

l’inévitable Police in Helicopter

Leroy Sibbles en solo

Sibbles développe sa carrière solo parallèlement et après l’âge d’or des Heptones, en enregistrant sous son nom à partir des années 1970 tout en continuant à travailler en studio comme bassiste et arrangeur. Il signe des titres roots et lovers, travaille avec divers producteurs, et devient très demandé comme musicien de session sur de nombreux enregistrements reggae.

Après Studio One, il enregistre pour une multitude de producteurs (Lee Perry, Harry J, Gussie Clarke, Joe Gibbs, etc.), ce qui l’inscrit dans le réseau classique du reggae, tout en développant plus tard son propre label Bright Beam et en produisant d’autres artistes ainsi que ses propres titres. Sibbles passe ainsi progressivement d’un rôle de musicien‑arrangeur au cœur de la production à celui de producteur crédité, ce qui formalise un pouvoir créatif qu’il exerçait déjà en studio.

Je suis obligée de faire un petit passage sur Rôle de bassiste en studio

À la fin des années 1960, encouragé par Jackie Mittoo, Sibbles devient bassiste de session à Studio One et membre des groupes de studio Sound Dimension et Soul Vendors. Il accompagne ainsi une foule d’artistes (Bob Andy, Alton Ellis, Horace Andy, Burning Spear, Dennis Brown, Slim Smith, Ken Boothe, John Holt, tiens donc!!!, The Abyssinians, etc.), fournissant les lignes de basse de leurs classiques.

Il signe ou co‑signe certaines des basslines les plus célèbres du catalogue Studio One : « Full Up » (plus tard utilisé pour « Pass the Dutchie »), « Love Me Forever », « Satta Massagana », « Declaration of Rights », « Stars », « Queen of the Minstrels », « Ten to One », « Door Peep (Shall Not Enter) » notamment. Ces lignes sont constamment rejouées, versionnées et samplées, ce qui fait de Sibbles un pilier discret mais central de la rythmique 

Installé notamment au Canada, il continue à tourner (souvent en reprenant le répertoire des Heptones) et à enregistrer jusqu’aux décennies récentes, ce qui en fait une figure de continuité du reggae classique dans le circuit live international.

 

Now you are gone produit par Wackies

Leroy Sibbles & les Heptones de l’époque ou il est crédité indépendamment du groupe My Brother

dans sa carrière de chanteur des annés 90:

the Pope Paul record factory 

Murder sur le riddim Swing Easy record factory 

Original Full Up, il raconte l’histoire du riddim full up qu’il a crée et se remercie de l’avoir fait! on entend la ligne de basse bien marquée notamment du Pass the Cutchie

No Bad Feeling, 

 

Conclusion

En groupe, Holt et Sibbles sont les voix phares de deux trios qui définissent le son du rocksteady et du reggae vocal des années 1960–70, chacun avec un répertoire de classiques constamment repris. Les Paragons tirent davantage vers le romantisme harmonique, tandis que les Heptones introduisent plus tôt des thèmes sociaux et un ancrage roots

En solo, Holt devient une icône populaire du lovers rock et un chanteur de grands standards, alors que Sibbles s’affirme comme un artisan central du son Studio One, avec une carrière plus discrète médiatiquement mais essentielle pour la grammaire musicale du reggae. Les deux parcours se complètent : l’un incarne la face mélodique et romantique du reggae, l’autre sa colonne vertébrale rythmique et roots.

Pour résumé, Chez Holt, la production agit principalement comme un vecteur de stylisation de la voix (choix de riddims, arrangements de cordes, adaptation à de nouveaux courants) et comme un levier de marché, avec des producteurs‑entrepreneurs définissant ses tournants majeurs (rocksteady → lovers rock orchestré → reggae plus roots/digital). Sa marge de manœuvre artistique existe (écriture, interprétation) mais reste enchâssée dans des projets pensés par des producteurs pour des publics spécifiques.

Chez Sibbles, la production est plus un espace de négociation entre patrons de label et musiciens‑arrangeurs : s’il dépend de structures comme Studio One ou Joe Gibbs, il participe lui‑même au « design » sonore des morceaux, jusqu’à devenir producteur et patron de label. Là où Holt incarne surtout la dimension vocale et mélodique façonnée par des producteurs, Sibbles incarne la dimension structurelle du son (basses, arrangements, riddims) qui sous‑tend le travail des producteurs et leur donne une matière à exploiter