Spéciale Joe Gibbs

90 mn

Ce soir, on part sur les traces d’un homme essentiel.
Un homme de studio.
Un homme de son.
Un homme qui a façonné une grande partie du reggae moderne : Joe Gibbs.

Producteur, découvreur de talents, artisan du rocksteady, du reggae roots et du dub… Joe Gibbs est l’un de ces noms qu’il faut absolument connaître quand on aime la musique jamaïcaine.

Alors ce soir, on remonte le fil de sa carrière.
On va parler de ses débuts.
De ses grands classiques.
De son son si reconnaissable.
Et de ce qui fait encore aujourd’hui sa légende.

Joe Gibbs, de son vrai nom Joel Arthur Gibson, commence dans un univers très technique, lié à l’électronique.
Et ça compte.

Parce que chez lui, la musique ne sera jamais seulement une affaire de feeling.
Ce sera aussi une affaire de construction, de précision, de matière sonore.

Dans les années 1960, il ouvre à Kingston sa boutique Amalgamated.
Au départ, ce n’est pas juste un label.
C’est aussi un lieu de passage, un point de rencontre, un atelier, un laboratoire.

Et très vite, Joe Gibbs se met à produire.
Nous sommes en plein dans les années où la Jamaïque invente son identité musicale moderne.
Le ska laisse place au rocksteady.
Le rocksteady annonce le reggae.
Et Joe Gibbs est déjà dans le mouvement.

À partir de 1966, Joe Gibbs commence à travailler avec plusieurs figures de la scène jamaïcaine.
Parmi elles, il croise Lee “Scratch” Perry.
Et ça, c’est important.

Parce que Perry et Gibbs représentent deux forces créatives majeures de l’époque.
Deux visions.
Deux tempéraments. Les deux hommes ont incarné une tension créative très forte dans les premières années du reggae moderne.

On peut dire qu’à Kingston, ils ont participé à la même révolution sonore, chacun à sa manière.
Deux manières d’entendre le studio et d’en faire un instrument à part entière

Très vite, il travaille aussi avec Bunny Lee, autre grand producteur jamaïcain. Ce sont les années où Kingston devient une vraie guerre de studios, de labels, de riddims, de versions alternatives, d’ego aussi, mais surtout d’innovation permanente. Joe Gibbs s’y impose avec une oreille redoutable.

Et ce qui frappe déjà, c’est sa capacité à produire des morceaux qui parlent au public tout en gardant une vraie exigence sonore. Il ne cherche pas seulement un tube : il cherche une empreinte.

Et en 1967 arrive pour Gibbs un titre clé : “Hold Them” de Roy Shirley.
Un des grands classiques du rocksteady.
Un morceau qui installe Joe Gibbs parmi les producteurs majeurs de l’île.

1 morceau rocksteady de son label amalgamated avant d’enchainer sur le plus gros de notre sélection les années 70-80:

Soulmates - them a laugh and a kiki

Quand on entre dans les années 1970, Joe Gibbs devient une figure centrale du reggae.

Le son se ralentit.
La basse prend de l’ampleur.
Les messages deviennent plus spirituels, plus politiques, plus profonds.

Et Joe Gibbs sait exactement comment accompagner cette évolution.

Il travaille avec une série d’artistes essentiels :
Dennis BrownGregory IsaacsThe HeptonesCultureThe Mighty DiamondsJunior BylesPrince AllaNicky Thomas… et il y en a d’autres
La liste est longue, et elle dit tout.

Joe Gibbs ne cherche pas seulement des chansons.
Il construit un catalogue.
Il construit une identité sonore.
Il construit une époque.

Session early reggae du début des années 70 et puis reggae roots et rub-a-dub

On commence par Movement on sera en 1970

Pioneers - Papa was a rolling stone 1973 une des 8 versions à travers le monde (temptations) enregistré en premier par  The Undisputed Truth[1 en 1972 et quelques semaines par les Temptations dans sa version la plus connue

Pioneers Feeling High

Peter Tosh - Them A Fi Get A Beaten 1971

The magnificent  Heptones avec Leroy Sibbles 1973 - Medley Baby - Why Must I / Why Did You Leave 

On a glissé dans cette phase du reggae avec 

Dennis Brown - Money in my pocket 1972, en pleine construction du reggae

et la version deejay De Big Youth

Le son signature qui fait vraiment sa marque.

Le son Joe Gibbs.
Un son puissant.
Net.
Profond.
Très travaillé.

Gibbs n’est pas producteur “mystique”.

Il vient d’un rapport très concret à la technique.
L’électronique.
Le son.
Le matériel.

Et ça se sent dans ses productions.

Cette signature sonore, elle se construit notamment avec Errol Thompson à la console.

Les musiciens de studio connus sous le nom The Professionals. ne sont pas des gars qui passaient par là, Parmi eux, on retrouve des géants :
Sly Dunbar.
Robbie Shakespeare.
Mais aussi Earl “Chinna” Smith, Lloyd Parks, Tommy McCook, Vin Gordon, Ansel Collins… entre autres piliers de la scène de studio jamaïcaine

Le résultat est énorme.

Une basse lourde, mais élégante.
Une batterie précise.
Un espace sonore très maîtrisé.
Des morceaux qui respirent, mais qui frappent fort.

—-

I-Roy & Leo - news carrier 1975

Sylford Walker - burn babylon + version 1975

George Nooks - Tribal War 1977

Vous l’aurez compris la force de Joe Gibbs :
faire du studio un instrument à part entière.

Donc, c’est là qu' on arrive à un autre pan essentiel de son œuvre : le dub, vous en avez déjà entendus ce soir.

Chez Joe Gibbs, le dub n’est pas un simple effet de mode.
C’est une vraie esthétique.

une manière de penser la musique. 

Si on veut comprendre le dub jamaïcain dans sa version la plus solide, la plus contrôlée, la plus musicale, Joe Gibbs et Errol Thompson sont un passage obligé. Ils officient sous le nom de Mighty Two 

Une vraie dream‑team de studio, au cœur de l’âge d’or du reggae jamaïcain

une rythmique solide (Gibbs, The Professionals),

Une texture dub élaborée (Thompson aux manettes).

On enlève.
On espace.
On fait monter la basse.
On laisse les échos vivre.
On transforme le morceau en paysage sonore.

Sa série African Dub, réalisée avec The Professionals, est l’une des grandes références du genre.

On va s’arrêter sur CULTURE qui permet d’illustrer tout ce propos

Culture, c’est une voix. Les Mighty Two, c’est une architecture sonore. Ensemble, ils ont construit l’un des riddims racines du reggae moderne : Two Sevens Clash 

Un morceau immense.
Un morceau symbole.
Un morceau qui a marqué tout le roots reggae.

Version instrumentale et le morceau >>This Time / Our Time (riddim instrumental ou dub)

Pourquoi? Riddim fondateur, celui de la première rencontre entre Culture et les Mighty TwoThis Time / Our Time, en 1976, sur le label Belmont. C’est le premier enregistrement de Culture produit par Joe Gibbs et Errol Thompson.” 

Série CULTURE +  Dubs:

Our Time version dub // This Time le morceau

Send Some Rain // Down Jamaica Way - Joe Gibbs and Professionnals

Mighty Two version dub un peu toastée Fulfilment crédité Mighty Two, donc Joe Gibbs & Errol Thompson / Two sevens Clash

2 morceaux de Dennis Brown avec qui Gibbs et Thompson ont beaucoup travaillé 

Dennis Brown - Ghetto Girl (stay home)  / I’m Coming Home 1977 les 2

Version Gibbs du riddim Love is not a Gamble, version dans laquelle chaque instrument fait son apparition (morceau à l’origine, on le doit the Techniques en 1967 produit par Duke Reid)

Barrington Levy - My woman

“Uptown Top Ranking” d’Althea & Donna, qui devient un énorme succès international.

Three pieces - le Deejay Trinity sur le I’m still in love de Marcia Aitken

Version des Mighty Two 

—-
Joe Gibbs poursuit son activité pendant plusieurs décennies.
Mais son nom reste surtout lié à cette période où le reggae jamaïcain se structure vraiment, entre la fin des années 1960 et les années 1980.

Il décède en 2008.
Mais son héritage, lui, continue de vivre.

Dans les rééditions.
Dans les sélections roots.
Dans le dub.
Dans les sound systems.
Dans la mémoire des amateurs de reggae à travers le monde.

Joe Gibbs a contribué à donner au reggae une forme plus dense, plus professionnelle, plus durable.

Il a produit des hits.
Il a révélé des artistes.
Il a imposé un son.
Et il a laissé une empreinte immense.

Alors si ce soir il fallait retenir une image de Joe Gibbs, ce serait celle d’un bâtisseur de musique.

Pas seulement un producteur.
Pas seulement un patron de label.
Mais un homme qui a compris très tôt que le reggae, le rocksteady et le dub avaient besoin d’une architecture sonore solide.

Joe Gibbs a accompagné des moments décisifs de la musique jamaïcaine.

Et surtout, il a laissé une signature.

Une signature précise.
Puissante.
Respectée.

on va conclure avec Un grand titre populaire, mélodique, immédiatement reconnaissable.

“Love of the Common People” +  de Nicky Thomas.