Histoire du vinyle & Spéciale 10"

90 mn

On vous dit à chaque émission 100% vinyles mais, on ne s’est jamais attardés sur l’histoire de cet objet qu’est le disque vinyle  alors, on va commencer par une petite histoire du disque avant de faire une sélection uniquement en 10 pouces.

Avant toute chose, une distinction importante, il ne faut pas confondre taille et vitesse de lecture , tout ceci a un impact sur la qualité sonore et la durée d’enregistrement 

Les Diamètres varient (12 pouces, c’est à dire 30 cm de diamètre qu’on appelle à tort 33 T , le 10" 25 cm de diamètre, et le  7" 17,5 cm qu’on appelle lui aussi à tort, le 45T) ; prenez des notes, vous serez interrogés à la fin!

 

mais, Revenons aux débuts avec quelques noms et quelques dates!

L'invention du phonographe par Thomas Edison en 1877 marque le début, avec des cylindres en étain ou cire limités à 2 minutes d'enregistrement. C’est à Emile Berliner en 1887 que l’on doit le début des disques plats à 78 tours/min (78 rpm) parce qu’il invente alors un gramophone et une matrice pour imprimer les disques horizontaux (ich bein ein Berliner), 

Plus durables que les cylindres en cire ils ont été produits en masse dès 1901 en gomme-laque (qu’on appelle aussi shellac, produit d’origine animale issu d’une cochenille).

La vitesse de rotation relativement élevée (78 tours) était nécessaire pour atteindre des fréquences plus élevées. plus tard, grâce à l'utilisation d'autres matériaux, il a été possible d'obtenir une bonne qualité à des vitesses inférieures.

Les inconvénients majeur était, d’une part la courte durée de jeu (environ 2 x 3 minutes). et d’autre part le poids des disques et leur fragilité ils se cassaient assez facilement.

Naissance du vinyle

Révolution! En 1948, Columbia Records lance le microsillon Long Play (LP) de 30 cm (12 pouces) à 33⅓ tours/min en polychlorure de vinyle (PVC), plus léger, flexible et capable de 20-25 minutes par face, ceci a révolutionné le concept même d’ albums. en stéréo dès 1958

RCA répond en 1949 par le 45 tours de 17,5 cm pour les singles, déclenchant la "guerre des vitesses" 

Les 7 pouces tournant à 45t ont pratiquement été inventés pour le marché des « juke-box » (ce qui explique le gros trou au centre) ils ont été les rois des disques à acheter seuls compatibles avec les merveilleux mange-disques. leur principale clientèle était les adolescents - sur une période s'étalant des années 1960 aux années 1990.

 

Notre héros du soir, le 10 pouces

Le format 10 pouces (25 cm de diamètre donc) des disques vinyles (plus rien à voir avec la laque) est un intermédiaire historique entre les singles compacts et les grands LP, particulièrement prisé dans les années 1950-1970. Il offre un compromis entre durée et portabilité.

et en Jamaïque alors?

Les disques vinyles 10 pouces ont joué un rôle spécifique dans la musique jamaïcaine, notamment dans les genres précoces comme le mento, le shuffle et le ska des années 1950-1960, avant l'essor dominant des 7 et 12 pouces.

Usage par genre

  • dans le Mento et shuffle (on est dans les années 1950s) : ils sont Utilisés pour des singles ou EP locaux influencés par le R&B américain, joués par des artistes comme Laurel Aitken ou Clue J & The Blues Blasters.

     
  • Ska naissant (1960-1963) : c’est le 1er format pour The Skatalites ou les premiers enregistrements de Bob Marley, exportés via Blue Beat à Londres.  Aujourd'hui rares, ils sont collectionnés pour leur son "pressé jamaïcain" authentique et imparfait

     

avec une Production économique

Pressés en petites séries sur place, ils coûtaient moins cher en PVC que les 12 pouces. ils ont permis des sorties immédiates de hits ska (en premier lieu), répondant à la demande vorace des dances. Leur durée courte convenait aux sets énergiques et aux versions "one-drop" précoces du ska, avant le rocksteady sur formats plus grands.

Test de hits et production rapide

Pressés en urgence sur des machines locales (chez Federal,Studio One ou Merritone), ils permettaient de graver des "riddims" dès l’époque du ska, des instrumentaux ou versions vocales en seulement 24-48h après enregistrement, à bas coût…. !. 

En 33t ou 45t, 10-15 min par face suffisaient pour enchaîner 4 à 6 titres, validant les tubes auprès des danseurs avant pressage massif en 7 pouces pour l’ export. Idéal pour enchaîner les riddims instrumentaux sans interruption, ils ont permis aux Toasters et deejay d’exprimer tous leurs talents dans l’arène.

en sound system, c’est avant tout une question de Portabilité et de logistique

car leur taille intermédiaire les rendait idéaux pour le transport sur motos ou camions vers les dancehalls, et lors des battles de sound systems à Kingston (et là on retrouve le downbeat de Coxsone Dodd, le trojan de Duke Reid mais aussi le Voice of the People de Prince Buster). Autre avantage,  ils trouvaient leur place dans les box à côté des 10 pouces 78 tours de (R&B américain) importés notamment par Duke Reid et Clément Coxone. pas besoin de 2 stockages!

Plus légers et moins encombrants que les 12 pouces, ils résistaient aussi mieux aux chocs que les fragiles 7 pouces lors des déplacements en ghettos comme Trench Town ou Back-O-Wall. Les selecteurs (DJ) les empilaient facilement pour des sets continus, testant les réactions du public en live.

Impact culturel

Ils incarnaient le "DIY jamaïcain" , Symbole de compétition féroce entre sound systems, ils ont posé les bases du reggae en mettant à l’épreuve les styles et les morceaux au feu du dancehall.

Fin des années 60 ce sont les 7 pouces à 45 t qui sont devenus rois pour des singles exclusifs ("tunes") : compacts, bon marché à presser en masse, ils facilitaient les "clashes" et versions instrumentales. Les 10 pouces persistent pour les EP riddims, mais ont déclinent face à cette compacité en faisant aujourd’hui une denrée rare et recherchée.

Sélection exclusivement 10 pouces’

 

Michael Prophet - been talking / poverty / righteous revolution / rainbow country

Johnny Clarke*2 Gimme Love

Dennis Brown - Tenement Yard / Live After You

Horace Andy Fight Fight

Horace Andy - Money Money morceau original dont on doit la production l’on doit au regretté Phil Pratt

Fally ranking - Johnny Osbourne

 

—-

Le format 10 pouces est un format minoritaire mais symboliquement important dans la musique jamaïcaine. Depuis les années 90 : il se positionne plutôt comme format spécial aux dubplates, rééditions roots/dub et objets de collection pour sound systems et amateurs, en marge de la domination du 7" puis du digital.

 

  • pour rappel, Le principe de dubplate naît dans la culture sound system : acétates ou pressages spéciaux, souvent en un seul exemplaire, destinés aux clashes et aux sélections exclusives.​​

 

  • Des labels ou sélections mettent en avant des séries de dubplates/dubs ou de singles roots/dancehall en séries de 10", montrant la place du format comme support de versions et de mixes rares.​
  • Les années digital/dancehall (Sleng Teng, King Jammy, etc.) renforcent la logique de single et de dubplate joués sur sound system, d’abord surtout sur 7" et acétate, mais avec une niche pour des pressages spéciaux (dont des 10").​​
  • Dans les années 90, l’usage du 10" reste marginal en Jamaïque même, Il se développe finalement plus via les scènes UK/Europe liées aux sound systems roots & dub, qui entretiennent le lien avec la culture jamaïcaine en pressant beaucoup de 10" dubwise.​ Le 10" devient alors associé esthétiquement aux longues versions dub, aux cuts alternatifs et à une écoute plus « sound system culture » que radio/club mainstream.
  • Le format 10" a également une dimension collector, notamment pour des inédits de producteurs jamaïcains historiques (ex. un 10" d’inédits d’Augustus Pablo présenté comme dubplate limité).​
  • De nombreux labels spécialisés (Japon, Europe, UK) utilisent le 10" pour rééditer des singles roots et early dancehall jamaïcains en séries, couvrant différentes périodes ou producteurs (Jammy, Bunny Lee, Family Man, etc.).​
  • Cette pratique renforce l’image du 10" comme format de patrimoine, permettant de ressortir des dubplates ou mixes jamais largement distribués à l’époque.

 

Alton Ellis - Dublpate SoulStereo - Medley - Enregistré et gravé en direct sur acétate en 1999 à Kingston au studio de Arrows lors du 1er périple musical en jamaïque de notre contributeur Tarzan du Soul Stereo

Prince Francis - Rock for Rock ( scorcher)

Bob Marley & the Wailers - Trenchtown Rock (mix qu’on entend sur la version qu’on a écouté nommé Groovin Kingston 12) face B dont 

La face A le Kingston 12 Shuffle avec le grand U-Roy et sa version

-

Michael Palmer - Dem a lick shot

Midnight riders - Cross the border avec les Gladiators en backing band 

Steve Knight toujours sur même riddim - See Dem a Come

La version par les Gladiators

Un bel objet qui date de 1982 pour finir: Le cut discomix en 10 pouce du night nurse de Gregory Isaacs assisté pour l’occasion par Flabba Holt, une production African Museum