Son nom : King Jammy.
De son vrai nom… Lloyd James.
Et pour comprendre son importance… Du sound system.
Parce qu’en Jamaïque, le sound system… on vous le dit souvent à cette antenne, ce n’est pas juste une histoire de sono.
C’est une école.
C’est un terrain de test.
C’est l’endroit où l’on apprend ce qui fait lever une foule…
ce qui fait vibrer une basse…
ce qui fait durer un morceau dans la mémoire.
King Jammy vient de cette culture-là.
De cette logique du son vécu en direct.
il débute dans le sound system fin des années 60
Et ça change tout.
Début des années 1970 : il fait un tour au Canada.
en 1976 : il revient en Jamaïque, et là
… il y a le passage par l’école King Tubby.
(c’est pour ça qu’il s’appelle Prince jammy pendant plusieurs années, il est le disciple du King…)
On entre dans le dub.
Dans cette manière de produire et de penser le studio autrement.
De prendre un morceau…
de le démonter…
de le faire respirer…
de laisser la basse parler…
de laisser le vide devenir musique.
King Jammy apprend dans ce monde-là.
Il s’y forme.
Il s’y construit.
Il crée son studio d'enregistrement, le King Jammys Super Power dans le quartier Waterhouse, Kingston, le berceau du dancehall moderne
dans ces années il enregistre avec King Tubby, Errol Thompson et Maxie dans le studio Channel One à Kingston.
Il obtient l'autorisation de remixer une partie du répertoire de Black Uhuru et de Johnny Osbourne.
Il travaille avec Lee 'Scratch' Perry, Yabby You ou Scientist.
King Jammy hérite de cette grande tradition.
Mais il ne s’arrête pas là.
Il va pousser cette histoire vers une autre révolution.
Celle du dancehall digital.
Pour commencer cette émission, on va écouter quelques morceaux de ces 1eres années de production, nous sommes fin 70
Pour commencer une version alternative d’un morceau que vous connaissez forcément:
Fin des années 1970 : il signe ses premières productions marquantes, notamment avec Black Uhuru
comme on vient de l’entendre (black sound of ultro c’est Black Uhuru)
-le Jammy’s Natural Mystic - bob marley & black sound of Ultro (c’est Black Uhuru)
-BLack uhuru - I Love King Selassie version deejay de John Steel “selassie I on his white horse”
-La version de la version deejay avec tout le travail de studio de l’école King Tubby
il y a dans cette galaxie Sly & Robbie
il enregistre Kamikazi Dub en 1979
Dans sa carrière… King Jammy travaille avec énormément d’artistes majeurs.
Produire des titres, des albums
Wayne Smith, bien sûr.
Mais aussi Tenor Saw, Gregory Isaacs, Dennis Brown, Black Uhuru, Johnny Osbourne, Sugar Minott, Shabba Ranks, Buju Banton, Admiral Bailey, Pinchers, Frankie Paul, Junior Reid…
Sélection rub-a -dub début du début 80 jusqu’en 85:
Junior Reid - Jailhouse
Johnny Osbourne - Fire Down Below
Wayne Smith - Smocka super
Frankie Paul - billie jean riddim
Quelques morceaux greensleeves qui distribuait le catalogue Jammys:
Wayne Smith - ain’t no meaning sur Darker Shade of Black riddim
Version du ain’t no meaning
Johnny Osbourne - Rewind - riddim Tune In
Anthony Johnson - Nice up di Dance - Bandulu riddim ♥ / pas greensleeves
Hughe Madu - bandulu riddim
Dennis Brown - Slow down extended bandulu riddim
Michael Palmer - Juby rock
Nitty gritty - good morning teacher sur le stalag 1985, c’est l'entrée dans le digital et c’est parfait pour introduire la prochaine partie
Pour situer King Jammy… on peut le comparer à trois géants.
D’abord… King Tubby.
King Tubby, c’est le pionnier.
Le fondateur.
L’homme qui a fait du studio un instrument.
Jammy… lui… s’inscrit dans cette lignée.
Mais il pousse l’histoire dans une autre direction
Il emmène cette science du studio vers le numérique.
Vers un son plus moderne.
Plus tranchant.
Plus adapté au dancehall.
Ensuite… Lee “Scratch” Perry.
Là, on est dans une autre énergie.
Perry, c’est l’imaginaire, la folie créative,la liberté, l’expérimentation totale.
Jammy, lui, est souvent plus dans l’efficacité.
Dans la structure.
Dans le riddim qui doit frapper juste. dans l’efficacité du son pour le sound system
Et puis… Scientist… et toute la génération dub.
Scientist, c’est la virtuosité du dub.
Le côté démonstratif.
Un dub plus spectaculaire, plus technique
Le studio comme terrain de maîtrise absolue.
Jammy partage cet univers…
mais il se distingue par un point décisif :
il fait passer cette esthétique dans l’ère digitale.
En résumé…
Tubby ouvre la voie et pose les bases
Perry élargit l’horizon et l’imaginaire
Scientist perfectionne le langage et affine le geste.
Et Jammy… fait basculer le son dans une nouvelle époque.
le vrai séisme…
c’est “Under Me Sleng Teng” de Wayne Smith.
1985.
Là… il faut s’arrêter une seconde.
Parce que ce morceau, ce n’est pas un simple succès.
C’est un basculement historique.
Au cœur de l’histoire… il y a ce fameux preset du Casio MT-40.
Un son de clavier… simple, presque banal au départ…
et qui devient la base d’un riddim légendaire.
Et c’est ça qui est fou.
Un détail de machine…
un motif numérique…
et tout le paysage sonore jamaïcain se met à bouger.
Avec Sleng Teng, le reggae entre dans une autre vitesse.
Le son devient plus sec.
Plus direct.
Plus frontal.
Et King Jammy comprend immédiatement ce que ça ouvre.
Il ne suit pas simplement le mouvement.
Il le déclenche.
Il l’organise.
Il lui donne une forme.
Et à partir de là… son rôle dans l’arrivée du dancehall devient central.
Vraiment central.
c’est parti sur une sélection Digital
On va Continuer avec Nitty Gritty - sur le riddim tempa
Johnny Osbourne - no sound like we
session riddim Sleng Teng:
Tenor saw Pumpkin lady - riddim Sleng Teng - la legende dit que le morceau est un dubplate en live sur le sound de jammy’s et que le sus-nommé King en aurait profité pour le sortir
Johnny Osbourne
Wayne Smith - Under mi Sleng Teng
John Wayne - Call the police
—-
Leroy Gibbon - This Magic Moment - (un petit truc s’est glissé sous la cellule)
Collin Roach
Admiral Bailey - Jump Up
2 versions différentes de ce morceau
Et oui… il y a aussi des critiques.
Certains ont vu dans la révolution digitale une rupture trop nette avec la chaleur du reggae roots.
Le son numérique a parfois été jugé plus froid…
plus mécanique…
moins organique.
D’autres ont reproché au dancehall digital sa logique plus répétitive, plus standardisée… plus industrielle aussi.
Beaucoup de versions sur un même riddim…
beaucoup de circulation rapide…
beaucoup de production à flux tendu.
Mais en même temps…
il faut le dire clairement :
si on critique King Jammy, c’est aussi parce qu’il a changé les règles du jeu.
Donné une vitalité et une visibilité aux musiques jamaïcaines dans les années 90
Et c’est peut-être ça… la marque des très grands.
Ils ne font pas l’unanimité.
Ils déplacent les lignes.
Ils ouvrent des débats.
Et au fond… c’est exactement ce qu’il a fait.
Pour conclure
Ce qui frappe chez Jammy’s…
c’est sa capacité à traverser les générations.
À accompagner des artistes roots…
puis des voix dancehall…
puis à faire vivre ce patrimoine dans des projets plus récents.
King Jammy… c’est donc un homme de sound system.
Un homme de dub.
Et surtout… un homme clé dans l’arrivée du dancehall numérique.
son nom pèse lourd sur le son jamaïcain.
Sur les riddims.
Sur les versions.
Sur l’identité même du dancehall.
Avec le Casio MT-40…
avec “Sleng Teng”…
avec son sens du studio…
il a laissé une empreinte immense.
Une empreinte qui continue de résonner…
dans l’histoire de la musique jamaicaine…
dans celle du dancehall…
Son influence a d’ailleurs dépassé le simple cadre des studios
King Jammy a reçu une distinction officielle en Jamaïque, en reconnaissance de son rôle majeur dans l’histoire du reggae et du dancehall Et cette décoration dit bien l’ampleur de son héritage